Et si ça arrivait ? La révolte des TPE ! [3]

Suite...et fin, de l'entrevue que m'a accordé récemment Thierry Guérin, spécialiste des très petites entreprises et des professions libérales en France.

Face à une concurrence mondialisée, quels sont les atouts des TPE/freelances français ?

Je ne vois pas en quoi la TPE française dispose de quelque réel atout. D’abord, parce que, à l’exception des quelques TPE créatrices d’un brevet, la plupart dépendent directement, il faut le reconnaître, de donneurs d’ordre plus importants, les grandes sociétés installées en France. Ensuite, j’ai une histoire révélatrice. Bavardant avec un chauffeur de taxi tunisien, il y a deux ans, celui-ci me disait ne pas craindre l’arrivée des textiles chinois, parce qu’ils n’avaient pas la qualité de la production tunisienne. Ce qu’on disait il y a vingt ans pour la Tunisie. Arrêtons d’écouter les allégations flatteuses de nos dirigeants, qui vantent sans cesse le génie français, et demandons-nous si, quand on fait la course en tête et qu’on entre dans la ligne droite, il ne vaut pas mieux ré-accélérer, plutôt que de mépriser ses adversaires. Nos atouts seront dans le retour à la valeur travail et au respect de la hiérarchie, dans la capacité à se dire qu’on peut réussir en travaillant.

Comment analysez-vous le statut du chef d’entreprise en France ?

Il faut absolument que nos dirigeants donnent l’exemple de la considération, pas de la commisération. Qu’ils arrêtent, en particulier, l’emploi de ce terme de patron-voyou qui, ensuite, devient presque une évidence pour tous les patrons. Ou qu’on soit honnête : lorsqu’une comptable détourne 20 millions d’euros chez Peugeot, pourquoi les mêmes dirigeants ne parlent pas du scandale d’un salarié-voyou qui coûte tout autant à la société que les indemnités de départ des premiers cités ? Et je ne parle pas de tous ceux qui, simplement, trouvent mille et une justifications pour éviter de fournir un travail en contrepartie de leur salaire. Quand vous parlez avec les salariés, beaucoup vous avouent qu’ils ne voudraient pas prendre les responsabilités d’un patron. Pour autant, les chefs d’entreprises restent considérés comme des riches ne se gênant pas pour se servir sur le dos de la bête. Il faudrait sûrement mieux valoriser le statut du chef d’entreprise pour mettre en exergue les risques pris, l’implication plus importante, l’incertitude et, paradoxe, la précarité de leur situation. Je ne recherche pas ici une quelconque gloriole, mais il est évident que si, en permanence, vous entendez que les patrons sont des « voyous », il vous est difficile de respecter les décisions et les ordres de votre direction. Or, ceci est indispensable à une bonne marche de l’entreprise.

Un grand merci à Thibault Guérin, auteur de La révolte des TPE , pour la qualité de ses réponses. Malheureusement cet ouvrage n'est disponible en librairie que sur commande [ISBN : 2-7481-8846-2] mais vous pouvez le retrouver sur amazon ainsi que sur le site des éditions Manuscrit.

Le clavier est à vous

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