Et si ça arrivait ? La révolte des TPE ! [3]

Mis en ligne le vendredi 3 août 2007 aux alentours de 17:54
Suite...et fin, de l'entrevue que m'a accordé récemment Thierry Guérin, spécialiste des très petites entreprises et des professions libérales en France.

Face à une concurrence mondialisée, quels sont les atouts des TPE/freelances français ?

Je ne vois pas en quoi la TPE française dispose de quelque réel atout. D’abord, parce que, à l’exception des quelques TPE créatrices d’un brevet, la plupart dépendent directement, il faut le reconnaître, de donneurs d’ordre plus importants, les grandes sociétés installées en France. Ensuite, j’ai une histoire révélatrice. Bavardant avec un chauffeur de taxi tunisien, il y a deux ans, celui-ci me disait ne pas craindre l’arrivée des textiles chinois, parce qu’ils n’avaient pas la qualité de la production tunisienne. Ce qu’on disait il y a vingt ans pour la Tunisie. Arrêtons d’écouter les allégations flatteuses de nos dirigeants, qui vantent sans cesse le génie français, et demandons-nous si, quand on fait la course en tête et qu’on entre dans la ligne droite, il ne vaut pas mieux ré-accélérer, plutôt que de mépriser ses adversaires. Nos atouts seront dans le retour à la valeur travail et au respect de la hiérarchie, dans la capacité à se dire qu’on peut réussir en travaillant.

Comment analysez-vous le statut du chef d’entreprise en France ?

Il faut absolument que nos dirigeants donnent l’exemple de la considération, pas de la commisération. Qu’ils arrêtent, en particulier, l’emploi de ce terme de patron-voyou qui, ensuite, devient presque une évidence pour tous les patrons. Ou qu’on soit honnête : lorsqu’une comptable détourne 20 millions d’euros chez Peugeot, pourquoi les mêmes dirigeants ne parlent pas du scandale d’un salarié-voyou qui coûte tout autant à la société que les indemnités de départ des premiers cités ? Et je ne parle pas de tous ceux qui, simplement, trouvent mille et une justifications pour éviter de fournir un travail en contrepartie de leur salaire. Quand vous parlez avec les salariés, beaucoup vous avouent qu’ils ne voudraient pas prendre les responsabilités d’un patron. Pour autant, les chefs d’entreprises restent considérés comme des riches ne se gênant pas pour se servir sur le dos de la bête. Il faudrait sûrement mieux valoriser le statut du chef d’entreprise pour mettre en exergue les risques pris, l’implication plus importante, l’incertitude et, paradoxe, la précarité de leur situation. Je ne recherche pas ici une quelconque gloriole, mais il est évident que si, en permanence, vous entendez que les patrons sont des « voyous », il vous est difficile de respecter les décisions et les ordres de votre direction. Or, ceci est indispensable à une bonne marche de l’entreprise.

Un grand merci à Thibault Guérin, auteur de La révolte des TPE , pour la qualité de ses réponses. Malheureusement cet ouvrage n'est disponible en librairie que sur commande [ISBN : 2-7481-8846-2] mais vous pouvez le retrouver sur amazon ainsi que sur le site des éditions Manuscrit.

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Et si ça arrivait ? La révolte des TPE ! [1]

Mis en ligne le lundi 30 juillet 2007 aux alentours de 12:50

J'avais conclu un précédent post en parlant d'un livre que je vous invitais à lire : " Et si ça arrivait ? La révolte des TPE " de Thibault Guérin.

A l'envie de lire ce livre m'est venue l'idée de demander à son auteur comment une telle révolution était possible et quand allait t'elle arrivée [avons nous le temps de creuser les tranchées ?!] Il a eu la gentillesse de répondre à quelques questions récemment et l'a fait avec tant de passion qu'il va me falloir plusieurs posts pour toutes vous les faire découvrir. Commençons donc avec la première :

Pourquoi et comment, selon vous, les patrons de TPE vont-ils se révolter ?

Je ne sais pas s’ils vont se révolter, et c’est justement parce que, quelque part, je pense qu’ils n’en ont ni le temps, ni la mentalité, que j’ai voulu l’imaginer. Mais, sans vouloir dresser un constat exhaustif, si je m’en tiens au seul problème de la gestion du personnel, le nombre de conflits qui ont coûté des fortunes à la société est inimaginable, autant d’ailleurs que les motifs invoqués. Tant qu’il s’agissait de faire payer des structures aux ressources importantes, c’était simplement immoral. Aujourd’hui, les Prud’hommes fauchent pareillement des employeurs dont les moyens financiers se limitent à leur propre capital, et qui doivent financer sur leurs ressources personnelles le trou de trésorerie causé par des jugements prononcés pour des montants hallucinants. Je constate donc que de plus en plus de chefs d’entreprises se refusent à embaucher et préfèrent un statut de profession libérale, travaillant seulement à générer leur propre revenu. Leur révolte sera de ne plus s’occuper du rôle social que les politiques veulent leur attribuer.

Un grand merci à Thibault Guérin, auteur de La révolte des TPE .. et à après-demain pour la suite.

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